Réforme territoriale. Agir pour ne pas subir !

L’UNSA Education et ses syndicats soutiennent depuis le début le processus de la réforme territoriale de l’État. Nous considérons en effet que cette réforme s’inscrit dans la continuité des lois de décentralisation qui contribuent à remettre en cause le modèle jacobin depuis trop longtemps caractéristique du pilotage centralisé de notre pays.

Cette adhésion à ce projet n’est pourtant pas sans condition et nous ne nous contenterons pas de bonnes intentions apparentes. Nous affirmons que cette évolution territoriale doit s’accompagner d’une plus grande responsabilisation des acteurs du service public et qu’il faut surtout se défier d’une forme de recentralisation à échelle réduite.

Cette inquiétude nous conduit à engager fortement nos adhérents à tenir toute leur place dans le processus en cours. Nous tenons à être associés aux changements organisationnels pour éviter de les subir. Malheureusement, force est de constater que cette aspiration se heurte fréquemment à l’indifférence, si ce n’est à l’hostilité des hiérarchies locales. Au cours de la dernière année scolaire, nous avons eu à intervenir à plusieurs reprises pour dénoncer des dérapages allant du défaut de communication à l’affirmation d’un autoritarisme inquiétant pour l’avenir des dispositifs de pilotages.

Il semble assez évident que nous ne pouvons rester sur la situation actuelle. Les premières tentatives impliquant des partages de responsabilités, à l’échelle de territoires académiques élargis à la taille des nouvelles régions, ont montré qu’il est difficile de travailler en équipe, quel que soit le niveau auquel on se situe. Les « comités régionaux académiques » (CoRéA) et autres « services aux affaires régionales » (SAR) ont surtout généré de nouvelles strates décisionnelles dont la mise en œuvre est aussi complexe qu’opaque pour ceux qui n’y siègent pas !

La dynamique de projet territorial peine à s’installer, car les freins sont nombreux pour ceux qui souhaiteraient tendre vers une plus grande cohérence des pratiques au sein des nouveaux territoires académiques dont les contours restent bien flous… L’ambition initiale semble s’enliser dans l’accumulation de nouvelles contraintes laissant toujours de côté l’idée de responsabilisation qui nous est chère.

Pour les inspecteurs, la réforme territoriale ne peut faire sens que si elle contribue à faire émerger, puis à structurer la coopération dans des territoires apprenants. Ceci suppose à la fois une confiance accordée aux corps d’encadrement de proximité et une redéfinition du champ d’intervention des uns et des autres, dans un souci d’efficacité qui semble aujourd’hui se diluer dans une préoccupation économique limitée à la réduction des moyens de fonctionnement.

La réforme territoriale devrait inclure une réelle réflexion sur l’articulation entre les fonctions de direction et d’inspection. Si les caractéristiques particulières de l’une et de l’autre sont plus claires dans le second degré que dans le premier, la partition ne suffit pas à garantir une réelle efficacité, car c’est dans la complémentarité des actes d’inspection et de direction que se construira notre capacité à promouvoir le concept de territoire apprenant.

Au-delà de la partition complémentaire entre inspection et direction, il devient tout aussi urgent de prendre en compte la séparation de plus en plus évidente entre administration et pédagogie. La réforme territoriale constitue là encore une possibilité de rompre avec cette séparation calamiteuse pour le système. Les diverses actions de modernisation de l’administration dans le service public restent encore pour les usagers de simples gestes techniques dont le sens et la finalité sont assez distants de nos préoccupations professionnelles. Pourtant, comment imaginer un système éducatif de masse qui ne serait pas géré avec rigueur et efficacité, ce qui n’exclut en rien les principes de bienveillance et de confiance auxquels nous sommes profondément attachés ?

« L’École de la confiance », une belle formule porteuse d’espoir… Soit la réforme territoriale lui donnera corps, cohérence et intensité, soit nous resterons au niveau de l’incantation, ce qui ne pourrait que générer une profonde déception ! Pour donner à l’École sa chance de devenir la structure d’émancipation et de formation tout au long de la vie à laquelle nous rêvons, il appartient à toutes les inspectrices et à tous les inspecteurs de se manifester pour refuser de rester en marge du processus en cours. À nous d’agir pour ne pas subir !

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