Cet article a été publié dans la revue N° 134

 

Dans un article récent, au titre ravageur « les désorientés », le journal « Le Monde » dresse un réquisitoire accablant sur le système d’orientation français. . L’orientation est vécue comme une procédure de tri sélectif où chacun cherche avant tout à tirer au mieux son épingle du jeu .

Retrouver la confiance perdue en recréant les conditions d’une orientation scolaire plus sereine et plus positive, telle doit être l’ambition de l’IEN-IO.

 
Les raisons d’une crise de confiance

Le critère central pris en compte pour l’orientation est celui de la réussite scolaire,  mesurée par les résultats de l’élève dans quelques disciplines jugées majeures  : français, mathématiques, langues vivantes.

 

Parallèlement, l’affectation dépend beaucoup des capacités d’accueil et de l’offre de formation des établissements scolaires. C’est ainsi que des élèves ayant choisi de s’orienter vers telle spécialité professionnelle se retrouvent parfois affectés dans une autre. D’où cette impression d’orientation « subie » plus que « choisie » qui prévaut chez les élèves fragiles. 

Changer notre regard sur l’orientation

L’IEN-IO doit combattre  cette conception  de l’orientation en rappelant avec force qu’elle ne saurait être une réponse à l’échec scolaire. L’orientation doit  être définie comme processus d’accompagnement de l’élève et de construction de son parcours. Elle doit prendre en compte la question de la représentation, pour un adolescent, de ce que peuvent signifier les filières et leurs débouchés.

La mise en place du Parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel (PIIODMEP) constitue un élément favorable à cette évolution. Encore faut-il que ce « parcours » soit réellement intégré dans l’enseignement des disciplines et qu’il n’apparaisse pas comme un leurre supplémentaire.

Par ailleurs, on ne peut envisager une orientation positive sans une évolution significative des pratiques d’évaluation qui doivent valoriser la diversité des talents individuels et des activités extérieures de chacun (sportives, culturelles, associatives, professionnelles…).

Libre choix laissé aux familles et développement des passerelles

Dans la loi de refondation de l’école, l’expérimentation du « dernier mot aux parents » représente un enjeu essentiel. Si on  veut aller au bout de la démarche, cela suppose d'abord de renforcer le conseil en direction des familles. Mais pour que les choses évoluent, il est essentiel que des passerelles soient réellement mises en place entre les différentes voies de formation. Il importe donc de généraliser la réversibilité, la fluidité et la sécurisation des parcours. 

L’IEN-IO acteur de confiance pour l’autorité académique et les équipes de terrain

Améliorer le fonctionnement de l’orientation sur un département ou une académie passe, nous l’avons vu, par la mise en place d’un autre regard sur l’orientation.

Or la confiance  qu'accorde l’autorité académique à l'IEN-IO est fonction de sa capacité à anticiper et à éviter, autant que faire se peut, les problèmes liés à l’affectation. Son expertise en tant que « gestionnaire de flux », « régulateur de trafic » ou encore « arrondisseur d’angles » est souvent la qualité suprême qu’on lui reconnaît.

Sans nier cette expertise, l’IEN-IO doit impérativement situer son action bien en amont  et mettre  en avant son rôle pédagogique. Ce n’est que de cette façon qu’il obtiendra la confiance des acteurs de terrain. Piloter un certain nombre de dossiers en étroite liaison avec les CIO et les établissements, participer activement aux réunions de bassin, valoriser les initiatives locales, telles sont quelques-unes des actions que peut conduire l’IEN-IO sur le terrain.

Parallèlement, il lui faut retrouver toute la place qui est la sienne dans l'accompagnement et le suivi des personnels et des services d’orientation. Ce n’est qu’à cette condition que les conseillers d’orientation psychologues, qui doivent être intégrés étroitement au projet d’orientation de l’établissement scolaire, pourront être reconnus et valorisés dans leur action. 

Retrouver une confiance partagée dans l’orientation

L’orientation est aujourd’hui une compétence partagée entre l’état et la région. Par ailleurs, les liens que le système éducatif entretient avec le monde économique sont essentiels mais ils restent très insuffisants.

Retrouver la confiance perdue ne pourra se faire  qu'au travers d'un consensus fort avec l’ensemble des acteurs. Le manque de confiance des familles dans l’orientation est emblématique d’une société qui peine à insérer ses jeunes et qui préfère laisser sur le bord de la route un certain nombre d’entre eux.  Le lien avec les familles doit donc constituer l’objectif premier pour notre école.

Au confluent des contradictions de notre système, l’IEN-IO a un rôle essentiel à jouer de rapprochement des uns et des autres.

Lire la revue N° 134 

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