Emu par toutes ces rumeurs autour des menaces sur l'enseignement du latin et du grec, notre ami Andromède se devait de réagir... C'est fait !

On a pu lire récemment (1) que l’enseignement du latin et du grec dans les collèges et lycées laïcs serait « le luxe français des pauvres » garantissant « l'ascension sociale de jeunes gens nés défavorisés » !

Certes, cette affirmation ne manque pas de « sel » car son auteur est un éminent académicien multicartes qui fut naguère Président de l’association  pour la Sauvegarde des Enseignements Littéraires (SEL), mais lorsqu’il affirme qu’il s’agit d’un combat contre les « fanatismes égalitaires et utilitaires » on se prend à douter de la pertinence de son propos…

Pourtant un ancien ministre de l’Education nationale (2) n’a pas hésité à dénoncer lui aussi la suppression du latin et du grec comme une décision « criminelle » et « dégueulasse » car  « désormais ces enseignements précieux, ces clés qui ouvrent les portes, seront réservés aux seuls privilégiés, aux leçons particulières et aux établissements privés ».

Diable, diable, le latin et le grec seraient donc les garants du « caractère de promotion sociale de l'école qui permet à certains enfants d'échapper au poids des difficultés familiales, des milieux d'origine » et nous ne le savions pas ! C’est d’autant plus étonnant que toutes les études internationales récentes dénoncent depuis au moins deux décennies le renforcement du caractère élitiste de notre Ecole et son incapacité croissante à lutter contre le déterminisme social.

Cet ancien ministre devrait se souvenir que l’une de ses principales initiatives avait été de développer l’apprentissage du latin et du grec au collège et que vingt ans après on devrait pouvoir en mesurer les effets en terme de promotion sociale… Or c’est précisément le contraire qui se produit : sans en accuser le latin et le grec, il pourrait au moins avoir l’honnêteté de dépasser la nostalgie de son enfance et de reconnaître leur inefficacité à rendre aujourd’hui l’Ecole plus équitable !

Mais la violence de ces propos, de la part d’un responsable politique qui revendique habituellement plus de modération, montre bien que l’enjeu est loin d’être anecdotique : en touchant au latin et au grec, on menace le cœur de cette pyramide pseudo-républicaine qui érige le savoir et la culture classique en objectif principal de notre système éducatif et qui oppose farouchement la fabrique de l’élite à celle du crétin…

Un esprit chagrin y verrait sans doute la marque d’une certaine frustration pour un Agrégé de lettres classiques devenu simplement Ministre alors que, dans ses chevauchées oniriques les plus folles, il rêvait probablement d’être admis au sein du corps prestigieux des Inspecteurs Pédagogiques pour espérer avoir le privilège suprême du Mérite républicain, celui d’accéder à la Lumière divine de l’Inspection Générale !

Andromède – 13 avril 2015

(1) Marc Fumaroli dans Le Figaro du 31 mars 2015

(2) François Bayrou sur Sud Radio le 12 avril 2015

 

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