En bref : 
Cet article s’adresse à celles et ceux qui suivent le déploiement des PAS, leur articulation avec les dispositifs existants et leurs effets concrets sur les élèves et les équipes. Il insiste notamment sur la clarification des rôles, la place des IEN dans le pilotage de proximité et la nécessité d’évaluer le dispositif avant sa généralisation.

Le bilan présenté par la DGESCO le 15 septembre confirme l’ampleur du déploiement des pôles d’appui à la scolarité (PAS) : 100 pôles préfigurateurs en 2024, 479 en 2025 et 1 505 en 2026, couvrant désormais 56 % du territoire. Près de 13 000 situations ont été enregistrées dans le module PAS du LPI au 29 juin 2026.

Ces chiffres témoignent d’une dynamique incontestable. Ils ne suffisent toutefois pas à mesurer la réussite du dispositif. La question est désormais de savoir ce que les PAS changent réellement dans les parcours des élèves et dans le quotidien des équipes.

Une évolution de fond à accompagner

Le principe des PAS marque une évolution intéressante : apporter une réponse de premier niveau aux élèves à besoins éducatifs particuliers, au-delà du seul champ du handicap, en rapprochant l’Éducation nationale et le secteur médico-social.

La volonté de renforcer l’accessibilité pédagogique constitue un changement de perspective important. Les chiffres montrent d’ailleurs que les situations traitées relèvent majoritairement de besoins éducatifs particuliers hors reconnaissance MDPH. Les principales difficultés concernent l’accès aux apprentissages (31 %), le comportement (23 %) et l’attention (18,8 %).

Mais accessibilité ne signifie pas disparition de la compensation. Les deux démarches doivent être articulées pour répondre à la diversité des besoins.

Le PAS doit surtout permettre d’agir plus tôt, de croiser les expertises et d’aider les équipes à construire des réponses adaptées, plutôt que de devenir un nouveau niveau de traitement des situations complexes.

Attention au risque d’un dispositif supplémentaire

C’est aujourd’hui l’un des principaux enjeux.

RASED, ULIS, enseignants référents, équipes éducatives, psychologues, personnels de santé, ressources médico-sociales : les acteurs sont nombreux. La question n’est donc pas seulement de créer une ressource supplémentaire, mais de mieux organiser celles qui existent.

Le bilan national souligne lui-même la nécessité de mieux articuler les PAS avec les dispositifs existants et de clarifier leur positionnement.

Le PAS ne doit pas devenir un « prestataire de services » ou intervenir en bout de chaîne lorsque les difficultés se sont déjà installées. Sa plus-value doit résider dans la coordination, l’analyse croisée des situations et l’appui aux équipes.

Le succès des PAS se mesurera moins au nombre de situations traitées qu’à leur capacité à rendre l’action collective plus simple, plus lisible et plus efficace.

Une vigilance particulière pour les IEN

Cette transformation concerne directement les IEN.

Les PAS touchent à l’organisation pédagogique, à l’accompagnement des équipes et à la mobilisation des ressources du territoire. Leur déploiement ne peut donc être pensé indépendamment du pilotage des circonscriptions et des établissements.

Les IEN doivent pouvoir contribuer à cette articulation, sans pour autant devenir un échelon supplémentaire dans une organisation déjà complexe.

Leur rôle est essentiel pour accompagner l’évolution des pratiques, soutenir l’accessibilité pédagogique et garantir la cohérence des réponses apportées aux écoles et aux établissements.

Cela suppose toutefois que les responsabilités de chacun soient clairement définies. Le PAS doit être un espace de coopération et d’expertise, pas un nouvel échelon hiérarchique ou prescriptif.

Consolider avant de généraliser

Le déploiement rapide des PAS appelle désormais une phase de consolidation.

La DGESCO identifie plusieurs conditions de réussite : un copilotage effectif Éducation nationale/ARS, un binôme opérationnel, une meilleure utilisation du LPI et une simplification des procédures. La question de la professionnalisation des personnels et de leur formation reste également posée.

Pour le SI.EN-UNSA, il est désormais indispensable de passer d’une logique de déploiement à une logique d’évaluation et d’ajustement.

Les indicateurs d’activité sont utiles, mais ils doivent être complétés par une mesure de la valeur ajoutée des PAS : délais de réponse, qualité de l’articulation avec les ressources existantes, évolution des pratiques et surtout effets sur les parcours des élèves.

Il faut désormais mesurer ce que les PAS apportent, et pas seulement combien ils sont.

Les PAS peuvent constituer un véritable levier de transformation de l’École pour tous. Mais cette ambition ne pourra se concrétiser par l’empilement d’un dispositif supplémentaire. Elle suppose une organisation lisible, des rôles clarifiés, des professionnels formés et un pilotage de proximité capable d’articuler les ressources plutôt que de les juxtaposer.

 

Les PAS peuvent constituer un véritable levier pour l’École pour tous. Mais leur réussite ne se décrétera pas : elle se construira avec les équipes, avec les IEN, avec les professionnels du médico-social et avec les familles. C’est en donnant à chacun une place claire, des moyens à la hauteur des besoins et la capacité d’agir collectivement que nous pourrons faire de l’accessibilité une réalité. Pour le SI.EN-UNSA, c’est bien là que doit se situer la priorité : construire ensemble une École capable de répondre à tous les élèves, sans renoncer à aucun d’entre eux.