Oui Non

Vous aurez très prochainement l’occasion d’assister au discours du ministre dans le cadre du premier regroupement des IEN du premier degré à l’ESENESR sur le thèmes des apprentissages fondamentaux. Dans cette circonstance, nous savons que la plupart d’entre vous s’interroge sur le comportement à adopter en fin de discours.

 

C’est avant tout affaire de jugement personnel. Si vous estimez que le ministre a tenu des propos en totale adéquation avec vos attentes, de francs applaudissements sont de bon aloi. Ils vous vaudront sans doute une estime très passagère de l’intervenant et une mauvaise réputation durable auprès de nombreux inspecteurs. Si ce que vous avez entendu ne vous a pas vraiment convaincu ou, pire, vous a déçu, nous vous engageons à réfléchir à l’étymologie et au sens du verbe « applaudir » : il marque très clairement l’idée d’adhésion. Il est dès lors évident qu’applaudir un discours auquel on n’adhère pas est une véritable faute de goût de nature à tromper l’orateur. Il serait malhonnête, de la part d’un fonctionnaire et a fortiori d’un cadre, de leurrer son ministre de tutelle.

Envisageons aussi les cas extrêmes. Commençons par le pire : vous avez entendu le ministre insulter les inspecteurs, dans ce cas une sortie collective de la salle dans un silence glacial peut constituer une réponse adaptée. Il est toutefois conseillé d’attendre un signal clair, émanant généralement du représentant d’une organisation syndicale reconnue et responsable, avant de s’engager dans une stratégie aussi radicale ! Poursuivons avec le meilleur : le ministre a clairement annoncé que la fusion des corps d’inspection, la revalorisation des carrières des IEN et l’amélioration globale des conditions de travail des cadres était pour lui une priorité absolue. Une première précaution s’impose : demandez à votre voisin de vous pincer le bras. Si vous ne ressentez rien, envisagez d’urgence de vous réveiller car il y a peut-être déjà un petit moment que vous avez cédé à la fatigue et il n’est pas exclu que cela commence à se voir… Si, en revanche, vous ressentez une vive douleur, pincez à votre tour le bras de votre collègue et, si et seulement si vous êtes tous deux réveillés, vous pouvez lancer une ola. Seuls les plus audacieux se jetteront sur la scène pour embrasser le ministre ; n’oubliez pas en effet la présence des services de sécurité…

Enfin, ne vous laissez pas abuser : toute intervention du ministre se fait en présence de thuriféraires qui sont là pour encenser leur maître quoi qu’il dise. Ils battaient des mains aux propos de Vincent Peillon, se pâmaient quand Najat Vallaud-Belkacem s’exprimait et défaillent de bonheur devant les propositions de Jean-Michel Blanquer... comme ils le feront demain avec son successeur. Lançant la claque, ils comptent bien sur le public pour les suivre ; avant de leur emboîter le pas, n’oublions donc pas ce que disait Lucie Aubrac : « le mot résister doit toujours se conjuguer au présent » !